Le matériel en trail : entre obligation et responsabilisation

Vous l’avez sans doute remarqué. La liste du matériel obligatoire sur les trails a eu tendance à s’allonger de façon conséquente, ces derniers temps, au point de laisser parfois perplexe quant à l’utilité et à la pertinence d’une telle débauche d’équipements pour de simples courses nature ne présentant, bien souvent, aucun danger pour les participants.

A titre d’exemple, nous avons participé récemment au trail du Morbihan.

Cette épreuve a réuni près de 1400 inscrits en 2017. Le parcours de près de 58 km affiche un peu moins de 400 D+. La course est organisée en été sur un parcours faiblement technique. Avec un départ donné à 17h les premiers concurrents bouclent le parcours en moins de 4h30 et arrivent avant la tombée de la nuit.

Le bon sens voudrait que l’on adapte les moyens matériels à l’objectif.

Pourtant, les nombreuses exigences matérielles des organisateurs du trail du Morbihan, si elles apparaissent justifiées pour le Grand raid de 177 km, peuvent sembler disproportionnées pour le trail de 56 km.

Matériel obligatoire

Il est vrai qu’en matière de matériel, les préoccupations sécuritaires des organisateurs sont parfois vues comme un frein à la performance par certains participants. Pour courir vite il faut courir léger, quitte à jouer avec les limites des règlements de course.

Ugo Ferrari, qui s’est classé 8ème sur la dernière édition de l’Eiger Ultra Trail (101 km – 6700 D+), présente, non sans humour, sa stratégie personnelle en matière de matériel obligatoire :

Ces techniques d’allègement sont sources de polémiques récurrentes.

Déjà en 2008, la première victoire de Kilian Jornet sur l’UTMB avait fait l’objet de multiples réclamations concernant le non-respect du règlement en matière de matériel obligatoire.

La direction de la course avait mené une enquête au terme de laquelle « aucun reproche précis » ne lui a été fait. « Le Catalan n’avait pas de sac à dos, mais seulement une banane, qui lui a permis d’optimiser, à la limite du règlement, tout son matériel« .

Kilian 2
Kilian Jornet – UTMB 2008

Plus récemment, sa dernière victoire sur le marathon du Mont Blanc a relancé le débat.

Le matériel obligatoire que les participants devaient avoir sur eux consistait en un téléphone portable, une réserve d’eau de 0,50 litre minimum, une veste imperméable avec capuche (type Gore-Tex) adaptée à sa taille, un sifflet, une couverture de survie et un gobelet.

Kilian Jornet a passé avec succès le contrôle de matériel en début de course mais, là encore, l’illustration présentée ci-dessous montre bien à quel point les élites parviennent à optimiser leur matériel obligatoire.

Kilian
Kilian Jornet – Marathon du Mont Blanc 2017

Dans la réglementation des manifestations hors-stade, la FFA énumère une liste de matériel – qui n’est ni exhaustive, ni limitative – préconisé en trail :

  • dossard. Il est recommandé que puisse être noté sur le dossard l’identité du concurrent, les numéros d’appel du centre de secours et du pc course ;
  • une fiche précisant le traitement médical en cours et les contre-indications ;
  • système d’hydratation avec indication de contenance, sans que celle-ci ne soit inférieure à 0,5l ;
  • couverture de survie ;
  • sifflet ;
  • si course de nuit lampe frontale avec pile de rechange ;
  • veste imperméable et coupe-vent ;
  • téléphone portable. Le téléphone doit fonctionner et disposer d’un abonnement adapté au pays ;
  • vêtements chauds.

La FFA laisse le soin aux organisateurs de fixer eux-mêmes les règles du jeu par le biais du règlement remis aux coureurs, qui doit spécifier le matériel imposé ainsi que celui conseillé sur l’épreuve.

Or, force est de constater que les exigences des organisateurs sont parfois diamétralement opposées en France, pour des courses de même nature.

Entre les adeptes d’une pratique libérée des contraintes réglementaires, qui repose avant tout sur la responsabilisation du traileur, à l’image des modèles américain, belge ou allemand, et les tenants d’une ligne plus dure dont les exigences matérielles sont très larges, le débat est ouvert.

UTMB 3

Il y aura toujours des inconscients ou des pratiquants novices ignorants des dangers. Les organisateurs sont avant tout là pour en prendre la mesure afin de les minimiser et de protéger les coureurs, et non pas pour se couvrir en raison des risques de recours liés à une judiciarisation grandissante de la société.

Car, il faut bien voir que le matériel ne peut pas parer à tous les risques potentiels. N’oublions pas, en effet, que le trail se pratique en milieu naturel.

Si les organisateurs ont la maîtrise du parcours et du profil de leur course – à cet égard on admettra que la proposition d’un parcours trop engagé est infiniment plus dangereuse que l’absence d’un équipement obligatoire – ils ne peuvent rien face aux caprices exceptionnels de la météo.

UTMB 2

L’histoire du trail a en effet démontré que des drames se sont déroulés, en raisons d’aléas climatiques, sans que des carences matérielles de la part des victimes aient pu leur être reprochées.

Distance, dénivelé, horaires de la course, conditions météo, technicité du parcours sont autant de critères qui doivent guider le choix du matériel obligatoire.

On peut concéder, par ailleurs, que les trails de montagne représentent une catégorie à part. Rappelons qu’en montagne, quelle que soit la saison, la météo change très vite. Alors que dans la vallée la température est clémente, il peut faire très froid en altitude.

UTMB 1

Compte tenu de ces critères, il y a ce qui peut paraître indispensable :

  • l’hydratation et l’alimentation quand la distance et la durée de course s’allongent ;
  • les équipements de protection contre la pluie, le froid, le soleil ;
  • la lampe frontale…

et le reste dont l’utilité est plus discutable :

  • la bande de contention : un équipement de sécurité certes, mais à condition de savoir poser un strap ;
  • le téléphone portable : si son utilité est indéniable en montagne, rappelons que même en l’absence de réseau un appel d’urgence est toujours possible, la pertinence de cet équipement est moins évidente ailleurs ;
  • une pièce d’identité : sur les courses transfrontalières comme l’UTMB il s’agit de répondre aux exigences douanières, dans les autres cas son utilité peut faire débat ;
  • une somme d’argent sur soi…

Au demeurant, il est bien évident que l’on n’appréhendera pas de la même façon une épreuve selon que celle-ci sera courue en autonomie totale, en semi-autonomie ou avec de nombreux ravitaillements.

Western States
Départ de la Western States

De ce point de vue, cette question du matériel obligatoire renvoie sur un autre débat : celui de l’assistance personnelle en course. Aux Etats-Unis, les suiveurs et les pacers sont autorisés, facilitant grandement la tâche des coureurs qui s’alignent sur des épreuves de 100 miles, comme la Western States, avec des équipements très minimalistes. Faut-il l’interdire ou l’autoriser ? La question reste ouverte.

Et vous, qu’en pensez-vous ?

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